EXCLUSIF : l'interview d'Issa Hayatou, président de la CAF

Publié le par Pierrick Lieben

Issa Hayatou, une main de fer à la tête de la CAFDictateur du foot pour les uns, bienfaiteur de l'Afrique pour les autres, Issa Hayatou ne laisse personne indifférent. Le président de la Confédération africaine de football (CAF) règne sur le continent depuis 1988. Il a été réélu pour un sixième mandat l'an dernier.

 

Personnage charismatique et autoritaire, le Camerounais a accordé, la semaine passée, un entretien privé à neuf journalistes de presse écrite, originaires de neuf pays différents... pour la France, et pour le journal Le Parisien/Aujourd'hui en France, j'ai donc participé à cette discussion de plus d'une heure avec l'homme fort du foot africain.

 

Voici donc, en exclusivité, un compte-rendu complet de cette interview, publiée en partie dans Le Parisien/Aujourd'hui en France du 17 juin :

 

 

« Le complexe de supériorité envers l’Afrique doit disparaître »


Que pensez-vous de cette première Coupe du monde en Afrique ?

La leçon que nous pouvons déjà en tirer, c’est que l’Afrique s’est affirmée. Beaucoup ne croyaient pas aux capacités africaines. Les gens ont toujours pensé que le continent ne pouvait rien faire. Le temps a prouvé le contraire. Je crois, avec ce qui se passe ici, en Afrique du Sud, que ce complexe de supériorité doit disparaître. L’expérience prouve que ce que nous avons fait est comparable, sinon mieux que ce qui a été fait un peu partout ailleurs.

La Coupe du monde est un événement mondial, mais quelle est l’identité africaine de cette édition 2010 ?

Issa Hayatou et Sepp Blatter, d'anciens rivaux devenus amis ?C’est effectivement un événement mondial : toutes les jeunesses du monde entier, toutes les cultures sont présentes ici. Mais nous gardons aussi notre identité africaine, ne serait-ce que par les vuvuzoulous (sic), c’est déjà ça ! (rires) C’est africain ! Il ne faut pas être contre, chacun doit sauvegarder son identité et sa culture. Les Français, par exemple, secouent le coq dans les stades. Nous, les Africains, quand on est content, on chante, on danse, on joue du tambour. C’est notre façon de manifester notre joie. C’est notre culture, et nous en sommes fiers.

Depuis que la compétition a débuté, on voit peu de buts marqués. Comment l’expliquez-vous ?

Allez poser la question aux entraîneurs qui développent un système de blocage et aux avant-centres qui n’arrivent pas à marquer ! (rires)  Je crois que c’est dû à la stratégie que les sélectionneurs eux-mêmes développent pour éviter d’encaisser des buts. Et puis, à la fin du premier tour, c’est le classement qui compte. Je pense donc qu’à partir des huitièmes de finale, avec les éliminations directes, il y aura des buts.

Est-ce que vous avez déjà été contrarié par des soucis depuis le début du Mondial, ou diriez-vous que l’organisation est parfaite jusqu’à présent ?

Le mot parfait n’existe pas. Mais ce que nous faisons, c’est ce qui doit être fait… avec une dose d’erreurs et de surprises ! C’est tout-à-fait normal, c’est la nature humaine. Vous pouvez, par exemple, dire à votre chauffeur de venir à 10h, mais le trafic l’en empêche. Il est là à 10h15. Ca, ce sont des surprises, et il y en a dans toute organisation.


"Condamnez le Togo !"

On a vu beaucoup de sièges vides lors de certains matches, alors qu’on pensait que le stade serait plein. Comment l’expliquez-vous ?

Avec la nature humaine, il y a toujours des surprises. En ce qui nous concerne, nous avons vendu 97,5% des billets, soit plus de trois millions de tickets. N’oubliez pas que les stades sont très grands ici. Il y en a trois ou quatre qui dépassent 50.000 sièges. Mais on a vu que deux ou trois stades où il y avait quelques places vides. Beaucoup sont remplis. Mais peut être qu’il y a des gens qui ont des billets mais qui ne viennent pas.

Plusieurs stades ont été touchés par des grèves, lancées par les agents de sécurité. Etes-vous inquiet par ces mouvements sociaux, en marge de la compétition ?

Cela aurait pu être un souci, mais ce n’en a pas été un. La police sud-africaine s’est substituée aux grévistes.  Si elle n’avait pas maîtrisé la situation, cela aurait pu conduire à des problèmes de sécurité dans les stades. Mais ils sont en train de faire le même travail, et même plus efficacement encore que les agents employés à l’origine. Jusqu’à présent, tout se passe très bien.

 

Le 27 avril dernier, Issa Hayatou, à gauche, a été décoré par Jacob Zuma, au centre, pour son implication dans le foot africain - Pierrick Lieben 2010La France et l’Afrique du Sud s’affronteront la semaine prochaine. Qu’attendez-vous de ce match ?

J’ai deux positions. En tant que président du Comité d’organisation : que le meilleur gagne. En tant que président de la Confédération africaine de football, naturellement, je souhaite que l’Afrique du Sud l’emporte. C’est clair ! Le Président Zuma a dit, en riant, à Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Paris, que les deux équipes allaient faire match nul… Mais ça, c’est une réponse diplomatique ! (rires)

A propos de l’exclusion, puis la réhabilitation du Togo dans la Coupe d’Afrique des Nations, après la fusillade dans l’enclave de Cabinda, en janvier (deux membres de la délégation ont été tués lors d’une attaque menée par des séparatistes), regrettez-vous la manière dont le dossier a été géré ?

Je ne regrette rien du tout. Regretter quoi ? On a agi conformément au règlement. Vous ne connaissez pas nos réalités africaines. La réalité, c’est que le pays se déclare forfait comme ça. Nous avons des contrats avec les sponsors, avec le public, avec vous-mêmes, la presse.  Et au moment où on organise le match, quelqu’un dit : « je ne joue plus ».

Pourquoi ce cas-là est-il arrivé ? parce que le Togo est parti en Angola par la route. Pourquoi ne soulevez-vous jamais ca ? Demandez-leur : pourquoi ont-ils pris le car ? La CAF donne 30 billets d’avion à tout le monde. Ils les avaient, ils les ont mis de côté, ils ont pris la route. Et maintenant, vous condamnez la CAF d’avoir puni le Togo ! Condamnez le Togo d’avoir pris la voiture pour venir !  A la CAF, nous ne sommes pour personne, nous ne sommes contre personne. Nous sommes là pour faire respecter les règles et faire évoluer le foot africain et mondial. C’est tout. 

 


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FCR FrenchBlog Feb2010

Publié dans Banc de touche

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S 23/06/2010 23:17


Good evening, you should be very fluent , now in english ?
Is it easy to understand when you go to conference as this one ? Next time, you go abroad, think to anglophone people and translate your articles in english....Have a good night


Pierrick Lieben 24/06/2010 14:53



Hi, actually this conference was in French, because Issa Hayatou is from Cameroon and doesn't speak English.


The translation would take a lot of time to do... and the blog is rather for the French people. Everything concerning the World Cup is in English, so it is more useful to translate it into French
for my fellow citizens !