Journée RTL - Soweto regarde arriver le Mondial

Publié le par Pierrick Lieben

La Coupe du monde, c'est à la fin de la semaine ! Suite de la présentation des reportages réalisés à l'occasion de la journée spéciale consacrée à l'événement sur RTL,  ce lundi 7 juin. Et pour l'occasion, FrenchBafana.com vous emmène faire un petit tour de Soweto.

 

Le township le plus célèbre d'Afrique du Sud revient dans l'Histoire par la grande porte. Après avoir été l'épicentre de la lutte anti-apartheid pendant des décennies, Soweto va devenir, en 2010, le centre du monde footballistique, grâce au stade emblématique du Mondial, Soccer City, installé aux portes de la cité-dortoir. C'est dire le chemin parcouru en à peine 20 ans.

 

Les vendeurs de Soweto se sont mis, eux aussi, au football - Pierrick Lieben 2010

A l'ombre de la calebasse géante, et des quelque 340 millions d'euros dépensés pour en faire une enceinte digne de la Coupe du monde, les habitants tentent de profiter comme ils le peuvent de l'événement, comme j'ai pu le constater pour ce reportage diffusé sur RTL, dans le journal de 6h :

 

 

 

Soweto, un township à part

 

Le SOuth-WEstern TOwnship, appelé par convenance Soweto, est l'un de ces bidonvilles typiques de la politique ségrégationniste du régime d'apartheid. Mais son passé le place à part dans l'histoire de l'Afrique du Sud.

 

Les origines de Soweto remontent au début du XXè siècle, mais c'est à partir des années 30 que les ouvriers et les mineurs noirs s'installent en plus grand nombre dans une zone comprise entre Orlando et Klipspruit.

 

L'institutionnalisation du racisme, après l'arrivée au pouvoir du Parti national, en 1948, accélère le processus : la main-d'oeuvre africaine, exploitée dans les mines d'or et l'industrie, est envoyée hors de Johannesburg, loin des zones d'habitation blanches. Pas question, pour les pro-apartheid, de voir des Noirs vivre et circuler librement dans les rues de la métropole.

 

Un township de Johannesburg vu du ciel - Pierrick Lieben 2010

Un township de Johannesburg vu du ciel - Pierrick Lieben 2010

 

La politique d'expulsion du gouvernement, doublée d'un exode rural massif, transforment Soweto en une vaste cité à l'expansion incontrôlable. Les "boîtes d'allumettes", bicoques minuscules, côtoient les "shacks", taudis en tôles ondulées. La misère et l'insécurité rendent les lieux invivables. Le township devient rapidement un terreau de contestation. Nelson Mandela et Walter Sisulu y ont, par exemple, passés plusieurs années de leur vie et de lutte.

La mort d'Hector Peterson photographiée

 

Soweto est également connu pour l'explosion de violences survenue en juin 1976, lors de la révolte des étudiants. Le gouvernement vient alors d'imposer l'usage de l'afrikaans, la langue des oppresseurs, dans les écoles. Face à un régime enfermé dans ses convictions racistes, de violentes manifestations éclatent. Le 16 juin, la police ouvre le feu. Hector Peterson, 13 ans, meurt sous les balles. Il restera le symbole de la répression aveugle de l'apartheid.

 

 

Soweto aujourd'hui

 

Le township n'est plus le coupe-gorge d'autrefois. A condition de ne pas s'y aventurer trop loin, ni trop tard dans la journée...

 

L'endroit s'ouvre au tourisme. La "rue des Nobel", où l'on peut voir les maisons de Nelson Mandela et Desmond Tutu, est devenue très touristique et policée. Pour la Coupe du monde, elle s'est d'ailleurs refait une beauté.

 

Des panneaux pour les touristes ont poussé dans la rue Vilakazi - Pierrick Lieben 2010

Des panneaux pour touristes ont poussé dans la rue Vilakazi

Pierrick Lieben 2010

 

Les noms des rues, sur le caniveau, ont été repeints - Pierrick Lieben 2010

Les noms des rues, sur le caniveau, ont été repeints

Pierrick Lieben 2010

 

Les habitants participent à cet effort, dans l'espoir d'attirer les visiteurs étrangers. Le shebeen (bar clandestin) The Shack est, par exemple en pleine rénovation.

 

Un petit coup de jeune pour le Shack - Pierrick Lieben 2010

Un petit coup de jeune pour le Shack - Pierrick Lieben 2010

 

L'

L'"écran" géant est prêt... - Pierrick Lieben 2010

 

Rare initiative lancée pour profiter à la population, le Soweto Focus Point transforme les écoles en auberges de jeunesse, le temps du Mondial. Une manière de mettre à profit les établissements vides en raison des congés exceptionnels attribués cette année aux élèves, partout à travers le pays, en raison de l'événement.

 

Ceci est une classe d'école... ! - Pierrick Lieben 2010

Ceci est une classe d'école... transformée par le Soweto Focus Point

Pierrick Lieben 2010

 

Au-delà de la Coupe du monde, Soweto est en train de changer. Les maisons s'agrandissent et s'embellisent, les services publics de base (eau et électricité) s'étendent et il n'est pas rare de croiser quelques Mercedes et BMW dans les rues du township.

 

La société de consommation a même fait une entrée fracassante dans le township, avec l'ouverture, en 2007, du Maponya Mall, le plus grand centre commercial de Soweto. Il abrite l'un des plus vastes supermarchés du pays.

 

Maponya Mall, un temple de la consommation en plein Soweto - Pierrick Lieben 2010

Maponya Mall, un temple de la consommation en plein Soweto

Pierrick Lieben 2010

 

Mais pour ne pas oublier par où Soweto est passé, une sculpture reprenant la célèbre photo d'Hector Peterson a été érigée à l'entrée - Pierrick Lieben 2010

Pour ne pas oublier d'où Soweto vient,

une sculpture reprenant la célèbre photo d'Hector Peterson

a été érigée à l'entrée - Pierrick Lieben 2010

 

Mais pour beaucoup, la vie est loin d'être facile. Le chômage est élevé, les transports publics inexistants (mis à part les fameux taxis collectifs), l'insécurité reste importante et les conditions de subsistance précaires. A Soweto, on vit toujours entre Noirs, à l'écart de la grande ville, où il faut aller travailler chaque jour, en se levant bien souvent à 4 heures du matin, pour arriver à temps à Johannesburg...

 

Une illustration simple de ces difficultés quotidiennes. Voici une maison du quartier de White City (nom assez ironique, vous en conviendrez) :

 

Une maison trois en une - Pierrick Lieben 2010

Une maison trois en une - Pierrick Lieben 2010

   

Pardon, ai-je écrit "une" maison ? Ce bâtiment, de taille convenable pour un couple, si l'on était en France, abrite en fait trois logements.

 

Si vous regardez bien les clôtures, vous pouvez deviner comment est organisée la division. Cette construction est l'un des héritages directs de l'apartheid. Tout le monde n'a pas encore la chance, à Soweto, de faire comme certains, un peu plus fortunés que la moyenne, qui rachètent les trois parties pour en faire une seule et vraie maison.

 


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FCR FrenchBlog Feb2010

Publié dans Corner

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Stéphanie 09/06/2010 07:24


Très intéressant ce reportage. Tu parles de l'école transformée en Focus Point, pourrais tu développer sur l'école en Afrique du SUd ? Pays dont l'illétrisme est important ? rythme (nous sommes en
plein dedans, en France!) ? est ce gratuit ?
Pour l'insécurité, on entend plein de choses : pays où il y a le plus de meurtre....ressents tu cela ? ou est ce que les médias exagèrent ?


Pierrick Lieben 12/06/2010 17:56



L'école est obligatoire de 6 à 15 ans en Afrique du Sud. Le système scolaire n'est pas très performant et l'assiduité des enfants est un problème : entre la misère et le Sida qui décime les
familles ils arrêtent parfois l'école tôt pour subvenir aux besoins de leurs proches.


Les cours ont lieu tôt le matin, et jusqu'à 14 heures en général. Il y a un système public, gratuit, et un privé, souvent religieux, et payant.


Pour la sécurité, la violence existe mais reste localisée dans certains quartiers ou townships laissés à eux-mêmes. Il faut faire plus attention qu'en Europe dans la rue et en voiture, c'est
évident, mais on ne risque pas non plus de se faire couper la gorge à chaque pas ! C'est aussi le sentiment d'insécurité qui entretient les craintes : les murs élevés et les barbelés électrifiés
autour de toutes les maisons, les contrôles à l'entrée de chaque entreprise, etc..


Les médias britanniques (tabloïds surtout) ont exagéré le problème. Mais il existe et les Sud-Africains en sont les premiers à en souffrir.